Dans une récente intervention, le président rwandais Paul Kagame a livré un récit détaillé de ses échanges antérieurs avec son homologue burundais, Évariste Ndayishimiye, au sujet de la présence des forces burundaises en République démocratique du Congo (RDC). Ses propos ravivent les interrogations autour des opérations militaires transfrontalières dans l’est du pays, déjà fragilisé par une crise sécuritaire persistante.
Selon Paul Kagame, il aurait demandé au chef de l’État burundais si le maintien des troupes burundaises en RDC signifiait une adhésion implicite du Burundi à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), déployée dans l’est du Congo. Ndayishimiye aurait répondu par la négative, affirmant que ce déploiement s’effectuait à la demande de Kinshasa, au nom de « l’amitié » entre les deux pays.
Le président rwandais affirme ensuite avoir interrogé son homologue sur la présence de soldats burundais dans le Nord-Kivu, notamment à Goma et Rutshuru, alors que Bujumbura avait toujours justifié son intervention par des impératifs sécuritaires situés plus au sud, dans les zones d’Uvira et de Minembwe. Kagame rapporte que Ndayishimiye aurait nié toute présence de ses troupes dans le Nord-Kivu, rejetant comme « mensongères » les informations faisant état de mouvements militaires en dehors des secteurs annoncés.
Cependant, Paul Kagame affirme que la capture ultérieure de soldats burundais dans des zones que Bujumbura disait ne pas occuper a conduit à des échanges diplomatiques tendus entre les deux capitales. Il évoque une « dénégation persistante » de la part du Burundi, malgré la présentation, selon lui, d’éléments matériels attestant de la présence de ces soldats.
Toujours selon le dirigeant rwandais, des opérations récentes dans le territoire d’Uvira auraient révélé une présence militaire burundaise beaucoup plus vaste, s’étendant jusqu’à Minembwe, Kalemie, Kindu, Walikale et même Kisangani — un total qu’il estime à plus de vingt mille hommes. Kagame affirme que ces forces auraient bombardé à l’artillerie et au drone plusieurs localités du Sud-Kivu, suscitant selon lui une indifférence de la communauté internationale.
Le chef de l’État rwandais critique par ailleurs les « réactions sélectives » des partenaires internationaux, accusant certains acteurs extérieurs d’attribuer systématiquement au Rwanda la responsabilité des violences en cours, en minimisant la dimension régionale et l’implication d’autres forces étrangères.
Ces déclarations, très directes et inhabituelles dans leur niveau de détail, interviennent à un moment où la configuration militaire dans l’est de la RDC demeure particulièrement complexe : retrait de la force de l’EAC, déploiement progressif de la SADC, opérations militaires multiples, et affrontements récurrents impliquant des groupes armés locaux et étrangers.
Ni Kinshasa ni Bujumbura n’ont encore réagi publiquement aux propos attribués au président Kagame dans cette intervention.



















