Le Kenya perd l’un de ses plus illustres hommes d’État. Raila Amolo Odinga, ancien Premier ministre et figure emblématique de la vie politique kényane, est décédé mercredi matin à l’âge de 80 ans à Kochi, dans le sud de l’Inde, des suites d’un arrêt cardiaque.
Selon des sources médicales, Odinga suivait un traitement ayurvédique dans un centre spécialisé lorsqu’il s’est effondré au cours d’une promenade matinale. Transporté d’urgence à l’hôpital Devamatha de Koothattukulam, il a été déclaré mort à 9 h 52 (heure locale).
Un pilier de la démocratie kényane
Né au sein de la communauté Luo, dans l’ouest du Kenya, Raila Odinga aura été pendant plus de trois décennies le visage le plus constant de l’opposition.
Fils de Jaramogi Oginga Odinga, premier vice-président du pays après l’indépendance de 1963, il a prolongé l’héritage d’une dynastie politique marquée par la résistance et la quête de justice sociale.
Entré au Parlement en 1992, Odinga s’est rapidement imposé comme une voix incontournable dans le combat pour la démocratie multipartite.
Premier ministre de 2008 à 2013 dans le cadre du gouvernement de coalition né de la crise post-électorale, il aura traversé toutes les turbulences politiques de l’histoire contemporaine du Kenya.
Cinq candidatures présidentielles, une foi inébranlable
Candidat malheureux à cinq élections présidentielles (1997, 2007, 2013, 2017 et 2022), Raila Odinga n’a jamais cessé d’affirmer que ses victoires lui avaient été confisquées par des fraudes électorales.
Les scrutins de 2007 et 2017, particulièrement contestés, avaient dégénéré en violences meurtrières, faisant plus de 1 100 morts et des centaines de milliers de déplacés.
Malgré ces épreuves, Odinga a su désarmer l’histoire par des gestes de réconciliation inattendus :
– avec Uhuru Kenyatta en 2018, lors du célèbre “handshake” symbolisant la réconciliation nationale ;
– puis avec William Ruto en 2023, dans un effort pour pacifier un pays longtemps fracturé par les clivages ethniques et politiques.
Un héritage d’endurance et de convictions
Ancien prisonnier politique, Raila Odinga restera dans la mémoire nationale comme un bâtisseur d’espoir et un artisan du changement institutionnel.
Il avait fait de la lutte contre la corruption, de la protection sociale et de la réforme constitutionnelle les piliers de son combat.
Son programme prônait notamment une couverture santé universelle, une allocation pour les chômeurs et un accès gratuit à l’éducation pour tous les enfants kényans.
Dans sa région natale de Nyanza, ses partisans voyaient en lui le symbole d’une résistance lucide face à un système jugé inégalitaire et centralisé.
Un homme politique, un entrepreneur, un patriote
Bien que sa fortune ne rivalisât pas avec celles des grandes familles dirigeantes, Raila Odinga possédait un solide empire économique, notamment dans le secteur énergétique.
Mais c’est surtout sa résilience politique, sa verve oratoire et son charisme populaire qui ont façonné sa légende.
Jusqu’à ses derniers jours, il demeurait la conscience morale d’une nation qui continue de chercher son équilibre entre modernité, justice et unité.



















